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Sommaire

Notre Chef à l'honneur

Chants et musiques de la Réforme par Monique Durandau

Au temps de l’humanisme et de la Renaissance à la Cour de Marguerite de Savoie (1559 – 1574) par Eugène Blanc

 

Notre Chef à l'honneur

A l’issue du concert donné le  26 juin en l’Eglise Notre Dame à Chambéry, Annie Laporte a reçu des mains de Chantal Vissoud, Présidente de la fédération de Musique de Savoie, la médaille d’or avec palme décernée par la Confédération Musicale de France . Notre chef est engagée depuis 35 ans dans l’action de promotion de la musique dans notre région, et a fondé en 1984 l’ensemble Sabaudia.

L’ensemble des musiciens et des instrumentistes a vécu cet instant avec beaucoup d’émotion et une grande joie. 


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Chants et musiques de la Réforme par Monique Durandau

Luther «  Le Plus beau et le plus glorieux don de Dieu, c’est la musique » 

Calvin « Avoir chansons non seulement honnestes mais aussi sainctes, lesquelles nous soyent comme aiguillons pour nous inciter à prier et louer Dieu… Le chant,… est un bon moyen pour inciter les cœurs et les enflammer. »

Le rôle de la musique pour l’homme religieux

Dans le passé comme dans la vie moderne , on ne peut envisager que la musique soit absente. Le philosophe Paul Ricoeur explique : « la musique crée des sentiments qui n’ont pas de nom ; elle étend notre espace émotionnel, elle ouvre en nous des régions où vont pouvoir figurer des sentiments inédits ».

La musique est un besoin dans le quotidien comme dans le domaine religieux. De tout temps, dans toutes les cultures elle a accompagné les manifestations de foi. Presque tous les grands compositeurs ont écrits des œuvres liturgiques, des œuvres porteuses de sacré. Par la musique ils rejoignent Dieu. Pour J.S. Bach, « le propos et la fin dernière de toute musique ne devrait être rien d’autre que la gloire de Dieu et le délassement de l’âme ». Ses compositions commencent par « Soli Deo Gloria » (A Dieu seul la gloire) Rossini aussi avoue quand il termine sa petite messe solennelle en 1863 : « Bon Dieu, la voilà terminée cette pauvre petite messe. Est-ce bien de la musique sacrée ou de la sacrée musique ? J’étais né pour l’opéra bouffa… Peu de science, un peu de coeur, tout est là. Sois béni et accorde moi le paradis ! ».

Dans le Protestantisme la musique a une présence particulièrement importante mais différente de la tradition catholique

Ses lieux de culte sont généralement austères : décor, peintures et sculptures sont rares dans les temples. Pendant les périodes d’interdits ou de persécution, les cultes se faisaient à la sauvette, dehors. Ainsi les chants ont une place primordiale dans les célébrations et la vie quotidienne.

      
Temple de la bastille - Montflanquin

Histoire de la musique religieuse judéo-chrétienne des psaumes du roi David à Bach

La musique est omniprésente dans les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Elle peut être considérée comme l’œuvre du diable car elle accompagne les guerres, les pratiques païennes, les danses frénétiques, l’adoration des idoles. C’est une occasion de chute de perte d’identité. Mais elle est aussi un moyen de se rapprocher de Dieu, de prier, louer, glorifier. Pour Moïse, David, Salomon, auteurs de psaumes, le chant traduit cela. Le cantique des cantiques est un chant. Marie, les bergers, les anges chantent ainsi que Paul ou les premiers chrétiens persécutés.

Durant les premiers siècles de l’ère chrétienne apparaissent les litanies. Les chrétiens se réunissent en chantant. En 386, Ambroise évêque de Milan fait chanter le premier «  Te Deum ». Saint Augustin y assiste.

Puis au Moyen Age s’opposeront les traditions coptes, byzantines et la tradition grégorienne. La musique se codifie en lien avec les mathématiques. Grégoire Ier organise le chant grégorien fait de notes lentes et graves en harmonie avec le sentiment et le texte. Cette forme musicale belle, pure et mystique est réservée au clergé réuni dans le chœur de l’Eglise. Elle se chante en latin et les fidèles regroupés derrière le jubé ne chantent que les répons. Dans les processions ou pèlerinages seulement  nous retrouvons des chants en latin ou en langue vulgaire ou vernaculaire. A cette période, la musique profane a aussi son importance : musique galante chez les nobles ou populaires dans les fêtes villageoises. Ce sont les répertoires renaissance. Chez les précurseurs de la Réforme, la musique joue un rôle important. François d’Assise (1182-1226), Savonarole (1452-1498), les Vaudois annonçant l’Evangile et colportant la Bible, tous essayent de faire participer davantage le peuple par des chants.

Au 16e siècle la Réforme bouleverse la vie religieuse avec  Luther et Calvin notamment. Elle apporte un changement profond dans toutes les traditions musicales des nouveaux adeptes. Prennent alors naissance les Chorals et les Psaumes. Et l’invention de l’imprimerie aidera à la diffusion des chants. Ils se caractérisent de la façon suivante :
Le texte : Le Protestantisme est la religion de la parole. La Bible est son fondement. Pour les fidèles, il s’agit de comprendre un message, de le vivre, d’exprimer sa foi, de louer Dieu. Le texte sera donc en langue vernaculaire, comprise par tous. Les premiers chorals de Buxtehude mélangent encore dans une même strophe le latin et l’allemand. En rime et strophés ce sont des textes de la Bible, des messages bibliques, des louanges, mais aussi des rappels, des encouragements à des combats pour la foi. Il a un rôle spirituel et pédagogique
La mélodie : Le chant est communautaire. L’assemblée chante et crée ainsi une communion avec Dieu et les fidèles. La musique devient ainsi une activité humaine à vocation divine. Elle est belle avec un registre prévu pour hommes et femmes, facile à chanter et retenir, pour les laïcs comme pour les gens d’église. Elle permet de créer une atmosphère recueillie, gaie ou triste pour méditer ou louer. Elle complète ce que la  parole ne peut provoquer. La foi est du domaine de l’indicible. Par la musique, dans le corps et dans le cœur, le sens de l’écoute est renforcé.

Le choral naît dans l’Allemagne de Luther. Chanté en allemand il est le principe structurel d’une œuvre religieuse. Exploité sous diverses formes : motets, cantates, préludes pour orgue…


Martin Luther en 1529                           Calvin (1509-1564)

Le psaume apparaît un peu plus tard. En France, Calvin découvre les chorals à Strasbourg. Avec l’aide de Clément Marot, il écrit des paraphrases du livre des psaumes dans un « recueil huguenot Aucun psaumes et cantiques mys en chant ». En 1562, il poursuit avec un psautier écrit en collaboration avec Théodore de Bèze et des mélodies de Guillaume Franc,  Loÿs Bourgeois. Ces chants sont au début à une seule voix accompagnée parfois par l’orgue. Ils seront ensuite harmonisés par Goudimel (mort à Lyon en 1572 au cours du massacre de la saint Barthélémy), Claude Lejeune, Pierre Carton, Paschal de l’Estocart, Sermisy. Le style vertical, note par note pourra évoluer en ornementations  plus savantes. Les mélodies sont reprises de thèmes hébraïques, des hymnes grégoriens, de chants profanes très connus (tant que vivrait) ou des créations. Ces psaumes ont contribués à fixer la langue française. Ils ont une grande importance poétique et littéraire. Les mélodies sont encore chantées de nos jours au début du culte protestant.

Il faut enfin noter la réaction de la Contre-Réforme qui favorisa la création de psautiers catholiques utilisés surtout dans les pèlerinages et processions que saint François recommandait.  Malherbes, Antoine Godeau, évêque de Grasse et Vence feront aussi des paraphrases de psaumes.

Les chorals et les psaumes auront une destinées différentes. En France le psaume n’évoluera plus vraiment après les persécutions des protestants. En Allemagne le choral sera    traité à profusion par nombre de musiciens acquis aux idées de Luther et donnera naissance à des genres proches comme la cantate, le concert spirituel. On peut citer Praetorius (1571-1621), Vulpius ( 1570-1615) Hassler (1564-1612), Schein, Scheidt, Schütz, Böhm, Bruhns Telemann, et à son apogée J.S.Bach.

Ce qu’est devenu cette musique protestante depuis la Réforme

Sous l’influence du siècle des lumières, Bach tombe dans l’oubli. La génération suivante produira des musiciens catholiques qui mettront tout leur talent dans la musique religieuse : Haydn, Mozart, Beethoven. C’est Mendelssohn qui fait renaître Bach. Schumann, Brahms, César Franck, Honegger montrent qu’ils restent les héritiers de la tradition de la Réforme

Dans l’hymnologie protestante européenne des 19e et 2Oe siècle, apparaissent des courants nouveaux : romantisme et piétisme, des mouvements de Réveil de la foi, avec une musique plus dynamique, plus centrée sur l’émotion et l’appel à la conversion. En Amérique c’est le Gospel, musique plus universelle à l’heure de l’oeucuménisme et de la mondialisation. Tous ces mouvements sont héritiers de J.B. Bach

Cette musique de la Réforme est un riche ^patrimoine spirituel et historique pour les protestants et pour tout musicien et que nous devons connaître et mettre en valeur.


Temple de Versoix

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Au temps de l’humanisme et de la Renaissance à la Cour de Marguerite de Savoie (1559 – 1574)
par Eugène Blanc

Parallèlement à l’exposition, concerts et conférences tenus à Chambéry sur le thème «  La musique au temps de la Réforme », il est intéressant de s’interroger sur la situation de la musique à la Cour de Savoie.  Mettant une fin aux longues guerres d’Italie en 1559 le traité de Cateau-Cambressis permet au Duché de Savoie de recouvrer la plus grande partie de ses possessions. Une disposition ce traité prévoit le mariage de Marguerite, sœur d’Henri II, Roi de France avec le Duc de Savoie, (chef des armées de Charles Quint et qui avait remporté une bataille décisive) mariage marqué par le décès d’Henri II au cours du tournoi organisé  au cours des festivités (1).

La musique à l’époque de l’apogée du Duché de Savoie sous Amédée VIII

La musique était en honneur au temps d’Amédée VIII, premier Duc de Savoie. Il fut aussi Pape sous le nom de Félix V. Comme le schisme de la papauté d’Avignon perdurait, malgré les décisions du Concile de Constance, il démissionna et se retira à la Chartreuse de Ripaille, laissant la couronne ducale à son fils.

Il avait fait construire la sainte chapelle au château de Chambéry pour y abriter le Saint Suaire. Dans le domaine musical, il fit appel à un des plus grand musiciens de son époque : Guillaume Dufay. Ce dernier, reçoit une formation musicale dans  la maîtrise des chanoines de Cambrai. Il poursuit cette formation à Bologne et à Rome où il accompagne son protecteur. Il est contemporain d’Ockehem, musicien flamand, rencontre Gilles Binchois, compositeur franco-flamand qui, après avoir été chantre à Notre Dame d’Anvers, avait travaillé au service des rois de Frances : Charles VII, Louis XI et Charles VIII qui l’avait récompensé en lui attribuant le titre de trésorier d’une grande abbaye bénédictine à Tours.

Une autre grande époque pour la musique fut illustrée par l’action de Marguerite d’Autriche, tante de Charles Quint. Nommée gouvernante des Flandres, épouse puis veuve du Duc de Savoie, le beau Philibert. Elle avait fait construire le mausolée de Brou près de Bourg en Bresse, alors possession de Savoie.

Marguerite de Savoie : princesse humaniste

Avoir une image de la Savoie exclusivement et de tout temps catholique serait une erreur. Cette époque est marquée par la politique d’une grande dame, belle sœur et amie de Catherine de Médicis, protectrice des artistes et humanistes qui l’avaient déjà entourée comme Michel de l’Hôpital, lorsqu’elle était Duchesse du Berry. Elle s’attache des conseillers et des artistes d’horizons divers, au point que les réformés et certains historiens l’ont considérée comme de leur parti. En France débutent alors les guerres civiles dites de religion dans les quelles s’affrontent les grands du royaume pour les quels le motif religieux cache des ambitions personnelles.

Cette petite fille de Louise de Savoie avait été élevée à la Cour de France dans l’admiration de sa tante Marguerite de Navarre. Protectrice d’évêques comme Briconnet, Le Fèvre d’Etaples qui voulaient mettre les méthodes de l’humanisme au service de la réforme de l’Eglise (2). Elle écrivait des poèmes. Le précepteur de Marguerite avait succédé à Guillaume Budé comme directeur de la Bibliothèque royale fondée par François Ier, apprécié de Melanchton, humaniste et ami de Luther, protecteur de E. Dolet, puis de l’imprimeur R.  Etienne malgré l’opposition de la Sorbonne. Une princesse élevée selon les principes d’Erasme (3). Son mariage à trente ans est celui d’une femme adulte. Ses débuts en Savoie sont difficiles. Elle craint d’être stérile, ce qui ne convient pas dans une union princière. Elle doit donc s’accommoder des aventures sentimentales de son époux. Naît Charles Emmanuel qui à douze ans, perdra sa mère alors âgée de 43 ans. Le Duc de Savoie lui choisit comme précepteur un jésuite qui créera deux collèges, à Turin et Chambéry dotée d’une bibliothèque de 3.000 livres (4).

Des universitaires, dont Cujas, le plus célèbre, qui l’avaient aidé à établir le rayonnement de l’université de Bourges la suivent à Turin. Sa Cour est un espace de liberté. Certains esprits sont très proches des idées de la Pré-réforme Catholique. D’autres épousent les thèses de Luther. Elle intervient auprès du Sénat à Chambéry quand l’amiral de Coligny grande figure du camp huguenot, se trouve en difficulté, il demande à résider dans ses terres de Chatrillon-Coligny dans le Revermont. Le Pape demandant l’expulsion des huguenots des terres briançonnaises, elle obtient de son mari qu’ils soient respectés, tout en imposant le culte catholique dans l’une des vallées vaudoises. Lors de la prise de Lyon par les troupes huguenotes, elles les accueillent en Savoie. Elle est contemporaine de Charles Borromée (1538-1584) neveu et secrétaire d’état du Pape, archevêque de Milan et figure emblématique de la Contre-réforme et qui fera venir le saint Suaire à Turin. Contemporaine aussi de Philippe de Néri, fondateur de l’Oratoire, ordre aussi ouvert à l’humanisme que celui des jésuites, oeuvrant à la réforme du clergé, créateur de la forme musicale de l’Oratorio dans le quel le texte et la musique s’allient au service de la liturgie.

Marguerite, protectrice des artistes

Ronsard, du Bellay, le savoyard Marc-Claude de Buttet sont parmi ses protégés et ont écrit des poèmes en son honneur. La musique est à nouveau à l’honneur dans la ville épiscopale de Saint Jean de Maurienne, berceau de la famille de Savoie. Le maître de chapelle en est Nicolas Martin, auteur de chansons de Noël. A Turin, nouvelle capitale du duché, la musique, déjà mise en valeur par l’archevêque et son chapitre de chanoines, fait partie d’une politique de prestige vis-à-vis des cours royales et princières. En France le Roi crée une académie de poésie et de musique. Il en va de même en Italie et en particulier à Florence où vont naître et se développer les genres de la cantate et de l’opéra. Marguerite crée une « chapelle » (5) ducale dite de plein chant avec un «  organier » et un souffleur, deux basses-contres, deux hautes-contres, deux tailles et complété par un collège des innocents composés de jeunes aux voix aigues à cette période où les femmes n’ont pas le droit de chanter dans les églises (6). Agés de cinq à quinze ans, ils se destinent à une carrière de chanteurs. Issus du milieu nobiliaire, encadrés par deux ecclésiastiques, un maître de chapelle formé à Bruxelles et un maître de grammaire chargé de les initier à la langue latine, et par une servante chargée de les materner et d’assurer l’organisation matérielle du collège. Tout le monde vit sous le même toit avec les subsides de la cour ducale de l’archevêque et de ses chanoines.

Pour terminer citons un point du règlement de l’Académie royale de France qui témoigne de l’importance et du sérieux des pratiques musicales et de l’éducation des auditeurs : « Les auditeurs, durant que l’on chantera, ne parleront ny s’accousteront ny feront bruit, mais se tiendront le plus coy qu’il leur sera possible, jusques à ce que la chanson qui se prononcera soit finie, et durant que se dira une chanson, ne frapperont à l’huis de la salle que l’on ouvrira à la fin de chaque chanson pour admettre les auditeurs attendans… »

 

1. Cet article se fonde sur les actes d’un colloque «  culture et pouvoir au temps de l’humanisme et de la Renaissance : Marguerite de Savoie » pour le 400e anniversaire de sa mort. En particulier l’article d’une grande musicologue  qui a beaucoup travaillé sur les archives de Turin, dans les livres de comptes et bibliothèques musicales, découvrant à cette occasion des œuvres musicales inédites.
2. Ce mouvement fut appelé «  Pré-réforme ».
3. Les principes d’Erasmes seront repris par J.J. Rousseau.
4. A la fin du XVIIIe sicle, l’abbé Méladère, recteur de l’université de Turin lègue à Chambéry une bilibothèque de 5.000 volumes.
5. On appelait « chapelle » un groupe de chanteurs et de musiciens attachés à un prince ou prélat et qui assuraient l’animation musicale des offices.
6. La musicologue, M.T. Bouquet a pu, suite à l’étude des comptes de cette chapelle, restituer la vie musicale de cette période comme des suivantes et restituer des compositions musicales inconnues jusqu’alors.

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