| Chants et musiques de la Réforme par Monique Durandau
Luther « Le Plus beau et le plus glorieux don de Dieu, c’est la musique »
Calvin « Avoir chansons non seulement honnestes mais aussi sainctes, lesquelles nous soyent comme aiguillons pour nous inciter à prier et louer Dieu… Le chant,… est un bon moyen pour inciter les cœurs et les enflammer. »
Le rôle de la musique pour l’homme religieux
Dans le passé comme dans la vie moderne , on ne peut envisager que la musique soit absente. Le philosophe Paul Ricoeur explique : « la musique crée des sentiments qui n’ont pas de nom ; elle étend notre espace émotionnel, elle ouvre en nous des régions où vont pouvoir figurer des sentiments inédits ».
La musique est un besoin dans le quotidien comme dans le domaine religieux. De tout temps, dans toutes les cultures elle a accompagné les manifestations de foi. Presque tous les grands compositeurs ont écrits des œuvres liturgiques, des œuvres porteuses de sacré. Par la musique ils rejoignent Dieu. Pour J.S. Bach, « le propos et la fin dernière de toute musique ne devrait être rien d’autre que la gloire de Dieu et le délassement de l’âme ». Ses compositions commencent par « Soli Deo Gloria » (A Dieu seul la gloire) Rossini aussi avoue quand il termine sa petite messe solennelle en 1863 : « Bon Dieu, la voilà terminée cette pauvre petite messe. Est-ce bien de la musique sacrée ou de la sacrée musique ? J’étais né pour l’opéra bouffa… Peu de science, un peu de coeur, tout est là. Sois béni et accorde moi le paradis ! ».
Dans le Protestantisme la musique a une présence particulièrement importante mais différente de la tradition catholique
Ses lieux de culte sont généralement austères : décor, peintures et sculptures sont rares dans les temples. Pendant les périodes d’interdits ou de persécution, les cultes se faisaient à la sauvette, dehors. Ainsi les chants ont une place primordiale dans les célébrations et la vie quotidienne.
Temple de la bastille - Montflanquin
Histoire de la musique religieuse judéo-chrétienne des psaumes du roi David à Bach
La musique est omniprésente dans les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Elle peut être considérée comme l’œuvre du diable car elle accompagne les guerres, les pratiques païennes, les danses frénétiques, l’adoration des idoles. C’est une occasion de chute de perte d’identité. Mais elle est aussi un moyen de se rapprocher de Dieu, de prier, louer, glorifier. Pour Moïse, David, Salomon, auteurs de psaumes, le chant traduit cela. Le cantique des cantiques est un chant. Marie, les bergers, les anges chantent ainsi que Paul ou les premiers chrétiens persécutés.
Durant les premiers siècles de l’ère chrétienne apparaissent les litanies. Les chrétiens se réunissent en chantant. En 386, Ambroise évêque de Milan fait chanter le premier « Te Deum ». Saint Augustin y assiste.
Puis au Moyen Age s’opposeront les traditions coptes, byzantines et la tradition grégorienne. La musique se codifie en lien avec les mathématiques. Grégoire Ier organise le chant grégorien fait de notes lentes et graves en harmonie avec le sentiment et le texte. Cette forme musicale belle, pure et mystique est réservée au clergé réuni dans le chœur de l’Eglise. Elle se chante en latin et les fidèles regroupés derrière le jubé ne chantent que les répons. Dans les processions ou pèlerinages seulement nous retrouvons des chants en latin ou en langue vulgaire ou vernaculaire. A cette période, la musique profane a aussi son importance : musique galante chez les nobles ou populaires dans les fêtes villageoises. Ce sont les répertoires renaissance. Chez les précurseurs de la Réforme, la musique joue un rôle important. François d’Assise (1182-1226), Savonarole (1452-1498), les Vaudois annonçant l’Evangile et colportant la Bible, tous essayent de faire participer davantage le peuple par des chants.
Au 16e siècle la Réforme bouleverse la vie religieuse avec Luther et Calvin notamment. Elle apporte un changement profond dans toutes les traditions musicales des nouveaux adeptes. Prennent alors naissance les Chorals et les Psaumes. Et l’invention de l’imprimerie aidera à la diffusion des chants. Ils se caractérisent de la façon suivante :
 Le texte : Le Protestantisme est la religion de la parole. La Bible est son fondement. Pour les fidèles, il s’agit de comprendre un message, de le vivre, d’exprimer sa foi, de louer Dieu. Le texte sera donc en langue vernaculaire, comprise par tous. Les premiers chorals de Buxtehude mélangent encore dans une même strophe le latin et l’allemand. En rime et strophés ce sont des textes de la Bible, des messages bibliques, des louanges, mais aussi des rappels, des encouragements à des combats pour la foi. Il a un rôle spirituel et pédagogique
 La mélodie : Le chant est communautaire. L’assemblée chante et crée ainsi une communion avec Dieu et les fidèles. La musique devient ainsi une activité humaine à vocation divine. Elle est belle avec un registre prévu pour hommes et femmes, facile à chanter et retenir, pour les laïcs comme pour les gens d’église. Elle permet de créer une atmosphère recueillie, gaie ou triste pour méditer ou louer. Elle complète ce que la parole ne peut provoquer. La foi est du domaine de l’indicible. Par la musique, dans le corps et dans le cœur, le sens de l’écoute est renforcé.
Le choral naît dans l’Allemagne de Luther. Chanté en allemand il est le principe structurel d’une œuvre religieuse. Exploité sous diverses formes : motets, cantates, préludes pour orgue…

Martin Luther en 1529
Calvin (1509-1564)
Le psaume apparaît un peu plus tard. En France, Calvin découvre les chorals à Strasbourg. Avec l’aide de Clément Marot, il écrit des paraphrases du livre des psaumes dans un « recueil huguenot Aucun psaumes et cantiques mys en chant ». En 1562, il poursuit avec un psautier écrit en collaboration avec Théodore de Bèze et des mélodies de Guillaume Franc, Loÿs Bourgeois. Ces chants sont au début à une seule voix accompagnée parfois par l’orgue. Ils seront ensuite harmonisés par Goudimel (mort à Lyon en 1572 au cours du massacre de la saint Barthélémy), Claude Lejeune, Pierre Carton, Paschal de l’Estocart, Sermisy. Le style vertical, note par note pourra évoluer en ornementations plus savantes. Les mélodies sont reprises de thèmes hébraïques, des hymnes grégoriens, de chants profanes très connus (tant que vivrait) ou des créations. Ces psaumes ont contribués à fixer la langue française. Ils ont une grande importance poétique et littéraire. Les mélodies sont encore chantées de nos jours au début du culte protestant.
Il faut enfin noter la réaction de la Contre-Réforme qui favorisa la création de psautiers catholiques utilisés surtout dans les pèlerinages et processions que saint François recommandait. Malherbes, Antoine Godeau, évêque de Grasse et Vence feront aussi des paraphrases de psaumes.
Les chorals et les psaumes auront une destinées différentes. En France le psaume n’évoluera plus vraiment après les persécutions des protestants. En Allemagne le choral sera traité à profusion par nombre de musiciens acquis aux idées de Luther et donnera naissance à des genres proches comme la cantate, le concert spirituel. On peut citer Praetorius (1571-1621), Vulpius ( 1570-1615) Hassler (1564-1612), Schein, Scheidt, Schütz, Böhm, Bruhns Telemann, et à son apogée J.S.Bach.
Ce qu’est devenu cette musique protestante depuis la Réforme
Sous l’influence du siècle des lumières, Bach tombe dans l’oubli. La génération suivante produira des musiciens catholiques qui mettront tout leur talent dans la musique religieuse : Haydn, Mozart, Beethoven. C’est Mendelssohn qui fait renaître Bach. Schumann, Brahms, César Franck, Honegger montrent qu’ils restent les héritiers de la tradition de la Réforme
Dans l’hymnologie protestante européenne des 19e et 2Oe siècle, apparaissent des courants nouveaux : romantisme et piétisme, des mouvements de Réveil de la foi, avec une musique plus dynamique, plus centrée sur l’émotion et l’appel à la conversion. En Amérique c’est le Gospel, musique plus universelle à l’heure de l’oeucuménisme et de la mondialisation. Tous ces mouvements sont héritiers de J.B. Bach
Cette musique de la Réforme est un riche ^patrimoine spirituel et historique pour les protestants et pour tout musicien et que nous devons connaître et mettre en valeur.
Temple de Versoix |